Il suffit de répertorier les récentes Palmes d’Or du Festival de Cannes, Michael Moore et Fahrenheit 9/11, Ken Loach et le Vent se Lève, Christian Mungiu et 4 mois trois semaines, 2 jours, pour constater que la politique fait désormais partie de plein exercice du paysage cinématographique.
Certes le phénomène n’est pas nouveau, tant les cinéastes ont souvent abordé années après années les rapports de l’individu avec son environnement social et économique, de sa relation aux évènements, qu’il s’agisse de Méliès filmant l’affaire Dreyfus, John Ford tournant les Raisins de la colère, ou Jean Renoir La vie est à nous. On pourrait cependant valablement argumenter que c’est l’avènement de la télévision, avec son déversoir d’ images immédiates, avec son actualité traitée de plus en plus à chaud, que le cinéma s’est vu dans l’obligation d’une part d’aborder les questions contemporaines, et surtout de les traiter différemment, de façon plus humanisée, plus violente aussi , afin de susciter la différence avec son concurrent du petit écran.
Les italiens sont passés maître dans ce registre, et à l’heure actuelle, un cinéaste tel que Nanni Moretti entretient la tradition. Les français relèvent également ce défi qui pour eux n’est d’ailleurs pas nouveau. Une partie de l’œuvre de Jean –Pierre Mocky et certains films d’Yves Boisset en témoignent. Mais les américains aussi ont abordé le genre. Il semble significatif qu’en 2009, une des stars les plus emblématiques de Hollywood, George Clooney, fasse partie des personnalités qui prend le plus souvent publiquement la parole pour dénoncer les errements de son pays ou les drames des oubliés du Darfour. Il est significatif qu’il ait lui-même produit un film aussi perturbant et novateur que Syriana.
