D’autant qu’à l’instar de certains de ceux ci, disons Hitchcock ou Orson Welles, Kubrick s’est forgé son propre mythe de son vivant, un mythe se situant à l’opposé des auteurs des oiseaux ou de Macbeth. Il s’est fondé sur la discrétion extrême et le culte du secret. Kubrick n’est jamais apparu sur un plateau de télévision et très rarement dans un reportage. Il n’accordait que de très peu d’entretiens et s’exprimait encore moins publiquement. Si à ces caractéristiques s’ajoute un perfectionnisme inouï dont tous ses collaborateurs témoignent unanimement, mis de surcroit au service d’une vision pessimiste et misanthrope du monde véhiculé dans ses films (la vérité se révèle bien sûr plus nuancée), et bien il en ressort à l’arrivée une figure entourée de mystères, la légende d’un créateur solitaire, en gros la définition parfaite de l’artiste excessif et de l’auteur obsessionnel…
Les témoignages convergent, rien ne semble plus faux que cette image. Interrogé sur Kubrick, ses proches le décrivent à l’inverse comme un être paisible et passionné, à la fois plongé dans ses lectures, son travail et sa vie de famille, discret et curieux, exigeant et sensible, menant à bien des projets lourds dans un esprit paradoxalement artisanal.
S’il est une personne en France qui connaît Kubrick l’homme et l’œuvre, c’est bien Michel Ciment. Historien, critique, journaliste, professeur, celui ci fait partie des rares à qui Kubrick se confiait de façon régulière et ce depuis Orange Mécanique au début des années 70. C’est ainsi que dans le dernier numéro de la revue Positif - dont Michel Ciment dirige la publication- figure un entretien aussi inédit que passionnant centré sur Full Metal Jacket. C’est autour de cet échange - mais aussi de son ouvrage plus que jamais de référence - que Michel Ciment a bien voulu répondre aux questions de Philippe Rouyer et de FilmoTV. Celles-ci portent sur les rapports qu’années après années, le critique a entretenu avec le metteur en scène, sur ce qu’il a pu apprendre dans ses échanges concernant sa façon de travailler et de mener à bien des projets qu’il maitrise de bout en bout, mais aussi sur les enseignements de cette expérience dans l’analyse qu’il fait de l’œuvre de Stanley Kubrick. Des propos, vous le verrez, qui renvoient à la fameuse déclaration de Jack Nicholson (figurant par ailleurs dans son ouvrage) et qui disait en substance : «Stanley est fort sur le son. Stanley est fort sur la couleur du micro. Stanley est fort sur le vendeur du micro. Stanley est fort ! »
Un moment à compléter naturellement par une immersion dans six étape clés de la carrière de SK, 2001 l’Odyssée de l’espace naturellement mais aussi Orange Mécanique, Barry Lindon, Shining, Full Metal Jacket et Eyes Wide shut.
*Editions Calmann-Levy