Année de sortie française
Yves ALION, Politique, Mort, Meurtre, morgue, Justice, Intégrité, Juge, Industriel, football, Call-girl, Argent La mort d'une jeune toxicomane mène un juge d'instruction sur la piste d'un industriel cynique et débauché qui payait la jeune fille pour distraire ses clients. Le juge a de l'antipathie pour l'industriel grand bourgeois dont la morgue le révulse. Plus grave, il joue de ses appuis politiques pour faire clore l'enquête. Mais le juge s'entête et parvient à faire arrêter le suspect. C'est alors qu'il découvre que la vérité n'est pas si simple...
Au tournant des années 70, Dino Risi se plaît à multiplier les films à sketches, renouant avec l’inspiration des Monstres qui, en 1963 avait permis à Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi d’incarner à eux deux toute une galerie truculente d’Italiens au comportement pas toujours reluisant. De 1968 à 1973 déboulent sur les écrans trois inénarrables collections de portraits : Une poule, un train et quelques monstres, Moi la femme, Le Sexe fou. En attendant que quelques années plus tard Risi puisse joindre son talent à celui d’Ettore Scola et de Mario Monicelli pour un succulent Nouveaux monstres dont seuls les fins connaisseurs peuvent se targuer de dire qui a signé tel ou tel sketch. Au nom du peuple italien est un peu à l’opposé de ces films plein de verve, qui laissent la part belle à la caricature. Non pas que le film soit en état d’atonie ou que les caractères donnent tous dans la demi-teinte, mais force est de reconnaître que cette œuvre est l’une des plus sérieuses, ou du moins signifiante du cinéaste. Car à travers l’affrontement entre deux hommes, encore Gassman et Tognazzi, ce sont deux visages de l’Italie qui nous sont donnés à voir. Gassman, une nouvelle fois, joue les grands patrons, plein de morgue, viveur et cynique, pendant que Tognazzi, toujours partant pour incarner les hommes du peuple, interprète un de ces petits juges qui, la loi en bandoulière, se sont parfois mis en tête de remettre un peu d’ordre dans un monde qui en manquait furieusement. A priori, pas de lézard, notre sympathie est acquise au second alors que nous nous réjouissons de voir le premier à terre. Pourtant rien n’est binaire chez Risi. Si l’homme a des sympathies de gauche, ce n’est pas un militant encarté, comme Scola l’a longtemps été. Il est avant tout le spectateur apparemment amusé (mais sans doute également révolté) du spectacle du monde. Probablement un peu anar, il ne cautionne aucun système. Si l’industriel est une franche canaille, cela ne veut pas dire qu’il donne quitus à son petit juge dont les méthodes sont pour le moins contestables. Le film vaut bien sûr également par l’affrontement entre ces deux monstres sacrés que sont Gassman et Tognazzi. Honnêtement on a beau chercher, on n’a jamais pu trouver plus truculent tandem au cinéma : la rigueur hautaine du premier, la ruse plus populaire du second ont longtemps fait bon ménage. D’authentiques chefs d’œuvre en portent témoignage. Ce film en est un.
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
Dino Risi, rappelons-le, a été psychiatre. Ce qui explique, au moins partiellement, pourquoi ses films alignent autant de personnages à la limite de la folie, ou carrément derrière les lignes. Le plus bel exemple étant cet aristocrate vénitien que Vittorio Gassman incarne dans le méconnu Ames perdues, aux côtés de Catherine Deneuve. Mais si les failles des comportements individuels ont fait le miel de son cinéma, elles sont également révélatrices d’une certaine organisation sociale. C’est pourquoi Risi est également un cinéaste politique, au meilleur sens du terme. Une vie difficile, La Marche sur Rome, Cher Papa sont des comédies grinçantes dans lesquelles l’humeur primesautière du cinéaste se leste d’une part non négligeable de colère devant le gâchis que les hommes parfois provoquent d’eux-mêmes. Au nom du peuple italien fait également partie du lot. Offrant au cinéaste l’occasion de dire bien des choses aux Italiens. De toute évidence des lâches, des malhonnêtes, des imbéciles. Il n’est qu’à voir comment ils se mobilisent pour un match de football alors que le sort de la démocratie les laisse apparemment froids. Mais ça ce n’est ni typiquement italien ni propre aux années 70. Les Français mériteraient sans doute tout autant qu’on leur botte le cul. Mais force est de reconnaître que l’hexagone n’a jamais abrité de Dino Risi tricolore, hélas, même si tel ou tel cinéaste a pu quelques temps s’en approcher. Le Boisset de Dupont Lajoie, le Mocky du Miraculé sont de cette famille…
Dino Risi incarne à lui seul ce que l’on a appelé la comédie italienne. Mais s’il en est le plus beau fleuron, il n’est évidemment pas l’unique représentant du genre, que Pietro Germi, Ettore Scola, Mario Monicelli ou Luigi Comencini ont su si bien servir, pour ne citer que ses représentants les plus brillants. Qu’est-ce qui différencie cette fameuse comédie italienne de ses consoeurs française, anglaise ? De toute évidence la comédie italienne est socialement concernée, souvent cruelle, évidemment décapante. Elle est fille du néoréalisme, elle en est le versant rose. Car des films comme Pauvres mais beaux (le premier grand succès de Risi) exaltent par d’autres moyens ces petites gens dont de Sica ou Rossellini faisaient le portrait dans leurs films. Mais peu à peu ces comédies sociales plutôt légères se sont lestées d’une réelle propension à la vacherie, à la caricature qui fait mouche. C’est l’âge d’or de la comédie italienne, quand les années 60 signalent l’avènement d’une Italie plus désinvolte, celle du miracle économique. Et la comédie se fanera quand les temps seront plus durs. Cher Papa ou Valse d’amour ont sans doute des accents hilarants, mais ce sont quand même des mélodrames. Dino Risi était trop fin pour ne pas se rendre compte de la fin d’un monde…