Année de sortie française
interdit aux moins de 18 ans
LES FILMS CONCORDIA, ROME-PARIS FILMS
C'est beau l'amour !, Tirés de ..., Drame, Films à 1,99 €, A deux, est-ce mieux ?, Du vieux papier vers l’écran, Méditerranée, Trop chaud, Autour de Thierry Klifa Tournage, Séduction, Rome, Réalisateur, Producteur, Mépris, Mathilde LORIT, Malentendus, Livre, Italie, godard festival, Fritz Lang L'histoire d'un film qui se fait et d'un couple qui se défait : Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme Camille semblent former un couple uni. Mais un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari...
Sixième long métrage de Jean-Luc Godard, LE MEPRIS fait presque figure de superproduction dans la carrière du réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague. Convaincu qu’il faut filmer sans cesse pour progresser dans son travail, GODARD met en route LE MEPRIS immédiatement après LES CARABINIERS, promettant à ses producteurs un film plus commercial que ses précédents essais, fort d’un budget beaucoup plus confortable : 500 millions de francs, soit dix fois plus que pour A BOUT DE SOUFFLE.
Inspiré par un roman d’ALBERTO MORAVIA, le film raconte - citons le pitch le plus célèbre du cinéma français - la double histoire d’un film qui se fait et d’un couple qui se défait. Sur le tournage d’une adaptation de l’Odyssée, un cinéaste affronte une caricature de producteur américain sans âme, sous les yeux de Camille, qui se met à mépriser son scénariste de mari en le voyant courber l’échine devant la puissance du dollar américain.
Véritable événement pour tout cinéphile qui se respecte, le rôle du réalisateur artiste est tenu par FRITZ LANG, cinéaste emblématique de l’expressionnisme allemand, plusieurs fois défendu par JEAN-LUC GODARD à l’époque où il était critique aux Cahiers du Cinéma. FRITZ LANG n’était quasiment jamais apparu à l’écran: il accepte la proposition de GODARD, qui n’envisageait pour le remplacer en cas de refus que CARL THEODOR DREYER ou ERIC VON STROHEIM.
Dans le rôle ingrat du producteur qui brandit son carnet de chèques dès qu’il entend le mot culture, on retrouve JACK PALANCE, qui s’impose à l’époque comme le méchant de service du cinéma américain. Très peu soutenu par JEAN-LUC GODARD, qui semble prolonger hors plateau le mépris dévolu à ce personnage de capitaliste imbécile, le comédien ne cachera pas son mécontentement à l’issue du tournage.
Pour le couple phare du film, GODARD envisage dans un premier temps FRANK SINATRA et KIM NOVAK, auxquels ses producteurs préfèrent MARCELLO MASTROIANNI et SOPHIA LOREN. Des choix qui s’expliquent en partie par la coproduction internationale du film, réunissant l’Italien CARLO PONTI et le Français GEORGES BEAUREGARD, tous deux connus pour leur soutien à la Nouvelle Vague, et l’Américain JOSEPH E. LEVINE, futur producteur du LAUREAT.
Mettant tout le monde d’accord, GODARD convainc finalement BRIGITTE BARDOT et MICHEL PICCOLI de se prêter au jeu de l’amour finissant, offrant au cinéma français l’une de ses scènes les plus inoubliables…Régalez-vous !
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Tourné en 149 plans et interdit aux moins de dix-huit ans à sa sortie, LE MEPRIS réunit 235 000 spectateurs en France : un joli score pour JEAN-LUC GODARD, mais une contre-performance pour BRIGITTE BARDOT, à l’époque immense star révélée par Vadim dans ET DIEU CREA LA FEMME, et sex-symbol harcelé par les paparazzi sur le tournage du film à Capri. Habituée à des rôles plus légers, BRIGITTE BARDOT a d’ailleurs hésité à accepter la proposition de GODARD, connu pour son austérité et son agressivité sur un plateau.
Selon son chef opérateur, RAOUL COUTARD – collaborateur emblématique de la Nouvelle Vague - la mauvaise humeur de GODARD était même particulièrement prononcée sur le tournage du MEPRIS, qu’il considérait comme un film de commande, et pour lequel il avait été obligé d’écrire un vrai scénario : en règle générale, le cinéaste se contentait d’une demi-page de synopsis indiquant ce qu’il avait l’intention de raconter. Il ne fait d’ailleurs aucun doute que GODARD a écrit le personnage de PALANCE en s’inspirant de son propre producteur américain, JOSEPH E. LEVINE, qui avait exigé que le film s’ouvre sur une scène de nu : pas question de s’offrir BRIGITTE BARDOT sans montrer ses fesses ! Dans ces conditions, on peut imaginer comme un pied de nez l’utilisation par GODARD de filtres de couleur rouge, blanc, et bleu pour une scène finalement peu érotique : un vrai manifestes artistique face aux méprisables exigences de producteurs âpres au gain.
Autre extrême originalité du film : son générique, qui égrène le nom de ses interprètes, ceux de l'équipe technique, mais aussi des entreprises qui ont prêté du matériel au cinéaste. Le tout s’achève par une citation que GODARD attribue au critique ANDRE BAZIN : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le Mépris est l'histoire de ce monde », sublimée par la musique de GEORGES DELERUE.
Bourré de références cinématographiques – entre autres au VOYAGE EN ITALIE de ROSSELLINI ou à UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE de MANKIEWICZ – LE MEPRIS peut aussi se voir comme l’un des films les plus autobiographiques de GODARD. Le personnage incarné par MICHEL PICCOLI a souvent été perçu comme un double du réalisateur, à l’époque en pleine crise avec sa compagne ANNA KARINA, et LE MEPRIS s’achève sur un vrai fantasme de cinéaste : le départ du producteur castrateur, qui laisse place à l’acte de création cinématographique.
On pourrait poursuivre pendant des heures l’interprétation du MEPRIS, mille fois copié, caricaturé ou célébré : un film d’une rare richesse, qui doit sa célébrité à la séquence de nu la plus cérébrale que le cinéma nous ait donnée, mais qui s’impose surtout comme la brillante réflexion d’un cinéaste sur son art.