Alain Delon,
Francine Bergé,
Jeanne Moreau,
Juliet Berto,
Michael Lonsdale,
Jean Bouise,
Massimo Girotti,
Michel Aumont,
Suzanne Flon,
Etienne Chicot,
Maurice Baquet,
Roland Bertin
Année de sortie française
Abel Productions, Lira Films
Fernando Morandi, Franco Solinas
Egisto Macchi, Pierre Porte
Enquête, Denis PARENT, Cynisme, Collaboration, Art, Chiffres, Alsace, Bourgeoisie, Affairisme, Identité, Rafle A Paris, sous l'occupation nazie, Monsieur Klein fait du trafic d'œuvres d'art. Il profite de la détresse des juifs pour leur acheter à vil prix des objets ou des tableaux de valeur. Mais son quotidien de profiteur va être bouleversé quand il reçoit le journal "Les informations juives" qui ne sont diffusées que sur abonnement. Il cherche alors son homologue, l'autre Klein qui se dissimule derrière lui et retourne jusqu'aux sources de sa propre identité. Un voyage expiatoire.
Monsieur Klein est alsacien, mais Klein est aussi un nom juif. Cinq lettres identiques pour un problème d’identité qui sous l’occupation nazie prend vite une tournure politique et morale. « Monsieur Klein » est un film de Joseph Losey réalisé en 1976 , enfin Monsieur Klein est joué par monsieur Delon Alain. Film sur l’état civil, l’état moral et l’Etat français ce drame possède aussi une charge métaphysique passionnante. Mr Klein marchand d’art profite de la détresse des juifs pour leur acheter des œuvres à vil prix. Mais il suffit qu’on le prenne pour un autre pour qu’il entre sur la liste des persécutés. Dans ce jeu de miroirs superbement cadré par l’opérateur Gerry Fisher, Alain Delon retrouve son double et le mythe attaché à son nom. Personnage ambigu, cynique mais capable de grandeur il est littéralement fascinant. Jeanne Moreau autre créature de Losey (Eva), Jean Bouise, Lonsdale, Aumont et la fine fleur des acteurs français entourent monsieur Delon. Pour le meilleur.
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
Au milieu des années 70 la France fait son examen de conscience. Depuis 1969 et « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls, les artistes de gauche battent en brèche la vision d’une France unanimement résistante. Delon pourtant gaulliste et politiquement conservateur va produire ce film parce qu’il est en pleine traversée du désert critique. Il le fait aussi par amitié pour Losey qu’il admire et qui l’avait dirigé en 1972 dans « L’assassinat de Trotsky » où face à Burton/Trotsky il jouait l’assassin. Mais c’est un brûlot qui met en scène les collabos et l’infamie de la rafle du Vel d’hiv orchestrée par la police de Vichy. Car le scénario vient d’un vieil italien notoirement antifasciste Franco Solinas. L’homme est l’habituel porte-flingue de Gillo Pontecorvo cinéaste italien engagé pour qui il a signé « Kapo » un des premiers films sur les camps nazis, « la Bataille d’Algérie » sur les tortures dans l’armée français et « Queimada » avec Marlon Brando en agent britannique magouillant dans les colonies. Solinas travaille aussi pour Costa-Gavras dont il a écrit « Etat de siège » enfin il a déjà collaboré avec Losey sur, précisément, « L’assassinat de Trotsky ». Costa-Gavras pressenti pour faire M.Klein tournera un autre film sur l’occupation et les infamies vichistes : « Section spéciale » et Losey fera M.Klein. C’est le premier film français du cinéaste américain mais ce ne sera pas le dernier puisqu’il réalisera encore «La truite » et « Les routes du sud » . N’oublions pas que Losey, victime du Mc Carthysme, avait trouvé refuge en Europe et qu’il était « progressiste » comme on dit pudiquement. Alors que fait Delon au milieu de cette internationale gaucho ? Il fait le facho. Et il le fait bien. Et surtout il permet au film d’exister. Ca lui coûtera selon ses dire la bagatelle de 300 millions de francs de l’époque bien que le film ait fait plus de 700.000 entrées France. Mais il ira à Cannes, mais il recevra trois Césars. Je parle du film bien sûr. Delon lui ne recevra rien ni prix d’interprétation, ni beaucoup plus d’estime. Idéologie, Morale, Snobisme, le cinéma français se fait parfois contre lui-même.