Une femme de ménage surprend un couple dans leur chambre d’hôtel en pleine joute amoureuse autour d’un jeu d’échecs. Intriguée et fascinée, elle se met en tête d’apprendre à jouer et s’investit pleinement dans cette nouvelle passion. Sa famille ne la comprend pas. Un veuf américain lunatique chez qui elle fait des ménages chaque semaine, deviendra son initiateur puis son mentor. Grâce à sa ténacité et sa passion, elle progresse très vite. Au point de gagner l’admiration de ses proches et d’oser s’inscrire dans des compétitions.
Joueuse est un film de premières fois. Premier long métrage réalisé par Caroline Bottaro. Première véritable production pour le grand écran du célébrissime ancien agent de stars, directeur de casting découvreur de talents Dominique Besnehard. C’est du reste ce dernier qui offrit à Sandrine Bonnaire son premier rôle dans A nos amours, où Besnehard (comme Maurice Pialat lui-même) lui donnait la réplique !
Bonnaire était donc particulièrement enchantée que les premiers pas de réalisatrice d’une de ses meilleures amies soient produits par son découvreur, redevenu débutant à son tour ! Joueuse est aussi un film d’auteurs (au pluriel). Bertina Henrichs, tout d’abord, auteur du roman La Joueuse d’échecs qui l’a inspiré, roman ayant obtenu un joli succès. Pour la petite histoire, Bertina Henrichs n’est autre que la voisine de palier de la réalisatrice.
Et puis, Caroline Bottaro est, elle aussi, avant tout une auteur. Car c’est en tant que scénariste qu’elle était, jusqu’ici, connue des cinéphiles, ayant signé le script des meilleures œuvres de Jean-Pierre Améris : Le Bâteau de mariage, Les Aveux de l’innocent et C’est la vie où Sandrine Bonnaire, déjà elle, accompagnait Jacques Dutronc jusqu’à la mort.
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Caroline Bottaro excelle dans l’art des symboles. Elle nous présente son personnage comme une voyeuse (ou plutôt une “écouteuse”), qui observe au travers des miroirs, ou protégée par de fins rideaux, jusqu’au jour où elle ose enfin se regarder à son tour, affronter ses propres envies. Car tout le film est initiation, découverte, éclosion, épanouissement. Hélène apprend à dire non et à ne plus s’excuser pour un rien. Les échecs sont au centre de ces symboles. Hélène découvre sa propre force grâce à l’axiome clef du jeu d’échecs (répété à 3 reprises) : « la Dame est la pièce la plus puissante de l’échiquier ». Le jeu de stratégie devient, du reste, le symbole de la reconnaissance sociale : la femme de ménage bat les notables guindés et déjoue leurs jeux d’humiliation. Grâce aux échecs, elle sera, enfin, admirée par sa fille.
Autre symbolique, celle de la sensualité. Les premières images d’échecs s’apparentent à une joute amoureuse (gros plans sensuels d’une main, d’une bouche, de cheveux), à un combat de pouvoir presque sexuel. Le dernier match (virtuel) avec Kevin Kline est une véritable scène d’amour physique qui se clôt, du reste, par un vrai baiser. Ce sont même les échecs qui dictent les relations sexuelles avec son mari. Et puis, les échecs sont présents en permanence dans la tête d’Hélène : au travers du dallage de la cour, sur la nappe de la table du restaurant, ou grâce aux fioles de la salle de bain.
Symboles aussi offerts par la Corse qui, par ailleurs, propose des décors superbes : mer d’huile, gorges rosées, routes infinies. Ces deux personnages “étrangers” se heurtent à la notion d’insularité, se sentant différents, reclus dans un univers étriqué. Il s’agit du premier film français de Kevin Kline (même s’il avait déjà un peu tourné en France et en langue française dans French Kiss de Lawrence Kasdan). Sandrine Bonnaire n’a, elle, tourné qu’un film aux Etats-Unis (sous la direction de l’Argentin Luis Puenzo) : La Peste avec William Hurt qu’elle allait épouser peu après.