Année de sortie française
Jean-Christophe BERJON, Intimité, Femme fatale, Fascination, Effraction, Auteur, Mentor, Manipulation, Cambriolage, Meurtre, Voleur, Voyeur Un jeune homme suit des gens dans la rue, comme fasciné, avec le souhait de découvrir un peu de leur mystère. Il a des velléités d’écrivain. Un jour, sa proie renverse le rapport de force et l’aborde. Il s’appelle Cobb et va l’initier à l’art du voyeurisme et du cambriolage avec arrogance, élégance et éclat. Ils s’introduisent ainsi chez une jeune femme troublante et vont tenter de pénétrer son intimité.
Il en fallait du talent pour faire de ce Following un film important, appelé à devoir figurer à jamais dans la mémoire de tout cinéphile qui se respecte ! Difficile, en effet, de trouver conditions de tournage plus modestes : un format 16 mm en noir et blanc, un budget global équivalent à peine à 10 000 euros, et un tournage effectué seulement les week-ends, pendant près d’un an !
Christopher Nolan, signant là son premier film y jouait véritablement les hommes-orchestres assurant scénario, réalisation, production, montage et même la photographie (effectuée presque exclusivement caméra à l’épaule) ! Pour ses films suivants, il engagera des directeurs de la photo et des monteurs, alors même que cet essai solitaire impose une étonnante maîtrise dans ces deux domaines, et ce bien qu’il soit daltonien.
A premier film, premiers prix : Following remportait en février 1999, quelques mois après sa première mondiale à Toronto, le Grand Prix du festival de Rotterdam. Par la suite de sa carrière, Christopher Nolan sera nominé aux Golden Globes ou à l’Oscar, et recevra une cinquantaine de prix internationaux majeurs.
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Following frappe fort et intrigue immédiatement. Grâce à son élégance visuelle : un Noir & Blanc profond, vibrant, intense, dégageant une véritable sensualité. Grâce à la force de son intrigue et à l’ambiguïté de ses héros : observateurs et investigateurs qui énoncent curieusement une forme d’éthique du cambrioleur et déclinent singulièrement les plaisirs du voyeurisme. Grâce à une structure narrative bluffante, déclinant art du puzzle et science du flash-back (Nolan y reviendra dès son film suivant, le vertigineux Memento). Et grâce, surtout, à une exceptionnelle manipulation qui ne cesse de surprendre.
Après le joli succès de Following, Christopher Nolan obtient immédiatement les moyens de travailler dans de bonnes conditions. Le triomphe de Memento (primé à Toronto, Sundance ou Sitges) le consacrera parmi les jeunes cinéastes les plus talentueux et audacieux du moment. Insomnia (pour lequel il dirige Al Pacino et Robin Williams) le rendra crédible aux yeux de Hollywood. Suffisamment pour se faire plaisir avec des gros budgets comme The Prestige, entre science-fiction et fantastique, où s’opposent Hugh Jackman et Christian Bale sous les yeux de Michael Caine, Scarlett Johansson ou David Bowie, rien que ça !
Mais c’est, bien sûr, sa reprise de la franchise Batman avec Batman Begins en 2005 et, surtout, The Dark Knight en 2008, opposant Christian Bale et Heath Ledger, qui lui offriront ses plus gros triomphes. Renouant avec l’inspiration visuelle tourmentée et noire de Tim Burton, Nolan redonnera ses lettres de noblesse à une série qui périclitait dangereusement.