Si vous possédez quelque part, dans une cave ou un grenier, le Sud-Ouest Dimanche du 29 mars 1959, prenez-en grand soin, c’est un collector ! En effet, ce jour-là, dans ce journal-là, paraissait la première histoire du Petit Nicolas, œuvre commune d’un jeune dessinateur de presse inconnu, Jean-Jacques Sempé (27 ans), et d’un scénariste de bandes dessinées, à peine moins inconnu, René Goscinny (33 ans).
50 ans plus tard, exactement, leur création allait prendre vie sur grand écran, grâce à la volonté qu’en avait deux producteurs, Marc Missonnier et Olivier Delboc, à qui l’on devait déjà une bonne quarantaine de films, dont 8 femmes, Jean-Philippe et J’ai toujours rêvé d’être un gangster.
Le grand succès, en 2004, de l’édition d’un premier volume des inédits du Petit Nicolas, vendu à six cent mille exemplaires, les conforta dans l’idée. Ils proposèrent donc à Laurent Tirard, le réalisateur de Mensonges et trahisons et plus si affinité... et de Molière – l’un et l’autre interprété par Romain Duris – de travailler, avec son scénariste attitré Grégoire Vigneron, sur un script qui ne serait pas une succession de sketches puisés dans l’œuvre originale, mais un véritable récit.
Au début, Anne Goscinny, la fille de René, était légèrement sceptique et ne voulait pas que l’œuvre de son père et de Sempé, serve de prétexte pour, disait-elle, « surfer sur la vague du succès des Choristes ». Après sa rencontre avec Laurent Tirard, elle fut rassurée et, non seulement, accepta la proposition, mais participa à l’élaboration du scénario, tout comme Alain Chabat qui vint se joindre aux auteurs pour apporter sa patte, si particulière, aux dialogues, très travaillés. Il faut dire que Anne Goscinny avait beaucoup apprécié son Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre.
Voici donc le Petit Nicolas, dans lequel, si vous cherchez bien, vous pourrez découvrir, aux côtés de Valérie Lemercier, Kad Merad et Sandrine Kiberlain, deux jeunes figurants, un peu particulier : la fille et le fils d’Anne Goscinny, autrement dit, les petits enfants du grand René Goscinny. Encore un détail : le film est sorti le 30 septembre 2009, et l’accueil fut particulièrement... « chouette » !
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
Figurez-vous que le film que vous venez de voir n’est pas la première adaptation cinématographique du Petit Nicolas, l’œuvre de Sempé et Goscinny. Je ne fais pas allusion, ici, à la série télévisée d’animation qui fut diffusée, dès septembre 2009, sur M6. Je vous parle d’une production datant de 1964, dont l’idée avait germée dans la tête de Fred Orain, producteur, entre autres, des Enfants du Paradis, Sylvie et le fantôme et autre Chartreuse de Parme mais aussi, et surtout, des films d’un certain Jacques Tati, dont Laurent Tirard, le réalisateur du Petit Nicolas, ne cesse de revendiquer la parenté, tout particulièrement les Vacances de Monsieur Hulot et Mon Oncle. Y-a-pas-de-hasard !
Donc, au milieu des années 1960, Fred Orain, propose au réalisateur André Michel, déjà auteur, entre autres, d’un Sans Famille, avec Pierre Brasseur, Bernard Blier et Gino Cervi, et futur réalisateur d’une dizaine d’épisodes de Messieurs les jurés, diffusés par Antenne 2 au milieu des années 1970, d’adapter le Petit Nicolas. En fait, son projet, intitulé Tous les enfants du monde, est un film à sketches international, réunissant des histoires d’enfants de tous les continents. L’épisode avec Nicolas devant représenter les p’tits français. Bernadette Lafont et Michael Lonsdale y incarnaient les parents du jeune héros, Anna Gaylor, l’institutrice, et Pierre Tornade, le terrible Bouillon. Le film, d’une vingtaine de minutes, fut tourné. La suite est plus obscure, même les très renseignés Maurice Bessy, Raymond Chirat et André Bernard, dans leur imposante – et illustrée – Histoire du cinéma français, n’en dévoilent pas beaucoup plus... ! Sachez, seulement, que, trois ans plus tard, on retrouvera Roland Demongeot, le jeune comédien incarnant Nicolas, devant le tableau noir de Jacques Brel, dans les Risques du métier.
Voilà pour la première vie cinématographique du Petit Nicolas. Pour la seconde, celle que vous venez de voir, Laurent Tirard travailla avec son scénariste habituel, Grégoire Vigneron. Mais, contrairement à leur habitude, ils écrivirent le script en pensant, déjà, aux interprètes. Tout particulièrement à Valérie Lemercier, avant même de savoir si elle accepterait. Fatiguée par le long tournage d’Agathe Cléry, d’Etienne Chatilliez, la comédienne fut, tout d’abord, réticente. Il fallut insister. Elle finit par accepter.
C’est en le voyant dans Je vais bien, ne t’en fais pas, de Philippe Lioret, que Laurent Tirard pensa à Kad Merad pour le rôle du père : « un type normal, à la fois veule et ambitieux, mais qui se fait toujours dominer par sa femme ». Quant au jeune Maxime Godart, il fait, ici, ses débuts au cinéma. Sa ressemblance avec les dessins de Sempé et son côté, relativement, extraverti attira, inévitablement, l’attention sur lui. N’empêche, et contrairement à ce que tout le monde pensait, lorsque, le premier jour, une caméra suspendue au bras d’une énorme grue vint sous son nez pour un premier tour de manivelle, il fut pétrifié !
Enfin, savez-vous pourquoi le petit Nicolas s’appelle Nicolas, Non ? Et bien c’est en se rendant à un rendez-vous chez le rédacteur en chef du Moustique, un magazine belge dans les colonnes duquel, l’ancêtre de son héros allait connaître ses premières aventures, que Sempé, voyant une publicité pour le célèbre marchand de vin, décida de baptiser son héros, Nicolas !