Anne Consigny,
François Cluzet,
Marilyne Canto,
Mélanie Thierry,
Michel Vuillermoz,
Bernard Campan,
Eric Naggar,
Lionel Astier,
Philippe du Janerand,
Raphaëline Goupilleau,
Eva Mazauric,
Françoise Pinkwasser,
Riton Liebman
Année de sortie française
Pan Européenne Production
Agnès de Sacy, Philippe Godeau
volonté, rechute, Guillemette ODICINO, rapports père-fils, pertes de connaissance, journaliste, éthylisme, entraide, crise conjugale, courage, confession, cure Hervé, patron d'une agence de presse, décide d'en finir avec l'alcool qui le détruit petit à petit ainsi que ses rapports avec ses proches. Il entre en cure de désintoxication dans un établissement à la campagne loin de tout. Grâce à l'aide des autres "malades" pour lesquels il se prend d'amitié et qui font fondre son cynisme et son scepticisme, il parviendra à combattre sa dépendance, tout en sachant que la rechute est toujours possible...
Allez, Le dernier pour la route ! Phrase alcoolisée que tout le monde a entendue lors d’une fin de dîner trop arrosé, mais qui, ici, prend tout son sens. Pour le héros de ce film, alcoolique en cure, il faut vraiment que ce soit le dernier. Pour ne pas mourir, pour redevenir un mari supportable, un père respecté, un journaliste qui parvient à supporter les horreurs du monde sans vider une bouteille. Ce drame qui parvient à rester lumineux en grande partie par le talent de ses acteurs est adapté du témoignage de Hervé Chabalier, reporter qui a couvert toutes les guerres depuis plus de trente ans, patron de la prestigieuse agence Capa depuis quinze ans, et qui a choisi pour son premier livre de raconter sa propre guerre contre l’alcool. Un récit intime parfaitement restitué, avec force, simplicité et même quelques saillies d’humour noir par le producteur Philippe Godeau qui signe ici son premier film en tant que metteur en scène. Si l’ambition pédagogique est bien là sur les ravages de l’alcoolisme et les étapes progressives de la cure, le film vibre d’une belle sensibilité, d’une vérité sans moralisme. Il faut dire que Philippe Godeau a opéré un sans-faute dans son casting, de l’acteur principal jusque dans tous les seconds rôles. On n’imagine pas un autre acteur que François Cluzet pour incarner sans aucun tic cet alcoolique qui finit par être lucide sur lui-même : sobre, tendu, secret et ironique, il laisse affleurer une profonde douleur sans jamais surjouer. Il est parfaitement épaulé par l’épatant Michel Vuillermoz de la Comédie Française, la toujours juste Maryline Canto et surtout la délicieuse Mélanie Thierry, étonnante de dégoût de soi en jeune alcoolique suicidaire.
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
L’alcoolisme, voilà un vice très payant … à l’écran. Tituber, perdre le contrôle, commettre les pires bévues, s’arrêter puis replonger : de quoi, pour un acteur ou une actrice montrer la plénitude de son talent. La scène d’ivresse reste un incontournable du cinéma que ce soit dans le drame ou la comédie. Pauvre Bruce Willis, victime d’une Kim Basinger qui ne supporte pas l’alcool et devient une source d’emmerdements dans Boire et déboires de Blake Edwards en 1987. Des déboires dus à la picole, c’est le sujet même du tout récent Very bad trip de Todd Phillips où un enterrement de vie de garçon prend une tournure délirante et trash ! Classique de la soulographie, Un singe en hiver de Henri Verneuil en 1962 d’après l’œuvre d’Antoine Blondin offre, entre autres, la scène culte où Gabin et Belmondo, fins bourrés, jouent aux toréadors avec les voitures. Mais en général, les grands films d’alcoolisme ne sont pas aussi réjouissants. Dans Barfly réalisé par Barbet Schroeder en 1987 sur un scénario très autobiographique de l’écrivain Charles Bukowski, Mickey Rourke incarne un piteux pilier de bar, accompagné dans ses beuveries par Faye Dunaway et l'intégralité du film fut tournée en décors « naturels » dans d’authentiques bistrots crados de Los Angeles. Pas gai du tout, Leaving Las Vegas de Mike Figgis en 1995 raconte les derniers jours d’un loser qui se vautre dans la boisson. Et un oscar pour Nicolas Cage ! Il est loin d’être le seul à avoir gagné ou frôlé un prix grâce à un rôle d’alcoolique. C’est pour sa géniale composition d’éponge désabusée et irascible dans Notre Histoire de Bertrand Blier qu’Alain Delon décrocha le seul césar de sa carrière. Christophe Malavoy fut nominé pour son interprétation d’un violoniste titubant et qui tente d’arrêter dans La femme de ma vie de Régis Wargnier en 87, Catherine Deneuve faillit empocher la statuette en 99 pour son rôle de femme chic mais perdue et accro à la bouteille dans Place Vendôme de Nicole Garcia. Pareil pour Tilda Swinton, magnifique en fuyarde à la dérive, alcoolique et solitaire dans Julia d’Eric Zonca en 2008. Quant à Marie Trintignant, elle aurait bien méritée d’être sacrée meilleure actrice pour sa prestation de fragile imbibée dans Betty de Claude Chabrol en 1992. N’oublions pas le grand classique de l’alcoolisme qui porte bien son titre : Le Poison de Billy Wilder avec Ray Milland que le cinéaste avait choisi en pensant qu’un homme séduisant attirerait plus la sympathie du public. Le film obtint en 1945 les Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur. Ray Milland empocha ensuite le prix d'interprétation au premier festival de Cannes. Au cinéma, quand l’alcool coule, les récompenses pleuvent.