Année de sortie française
Dave Eggers, Vendela Vida
Gérard DELORME, tolérance, s'installer, responsabilité, relations interraciales, piscine, parents, maison, landau, grossesse, enfant, road movie Parce qu’à trente ans, ils habitent encore près de chez leurs parents, Burt et Venora se croient immatures et anormaux. Alors qu’ils attendent leur premier enfant, leurs parents, sur lesquels ils comptaient pour les aider, s’apprêtent à partir pour l’Europe. C’est l’occasion ou jamais de quitter leur maison minable et d’aller s’installer pour de bon. Ne sachant pas où aller, ils font le tour des Etats-Unis pour trouver des idées auprès de leurs amis mariés. La plupart du temps, les modèles proposés ne correspondent ni à leurs aspirations, ni à leurs convictions. Par réaction, ils se découvrent eux-mêmes, en prenant conscience de ce qu’ils n’ont pas envie de devenir.
Parfois, un film « mineur » est plus aimable qu’un « grand » film asphyxié sous le poids de sa propre importance. On est tenté de le croire à la vision de cette modeste mais très sympathique comédie de mœurs tournée par Sam Mendes aussitôt après Noces rebelles. Le thème est voisin (un couple cherche son indépendance) mais le résultat extrêmement différent. Autant le précédent exprimait la gravité avec son casting de stars et son héritage littéraire ostentatoire, autant celui-ci impressionne favorablement par sa vitesse et sa légèreté.
L’histoire suit un jeune couple à la recherche d’un endroit où s’installer en attendant la naissance de leur premier enfant. Ils font le tour des Etats-Unis pour trouver des idées auprès de leurs amis mariés. Petit à petit, ils finissent par se rendre compte que , malgré leurs doutes et leurs incertitudes, la solution se trouve plus facilement chez soi que chez les autres. Comme d’habitude dans un road movie, l’important n’est pas la destination, mais le voyage. Pour le spectateur comme pour les personnages, l’expérience est très positive.
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Depuis American beauty, Sam Mendes a varié les plaisirs, tournant aussi bien un thriller policier avec Les sentiers de la perdition, qu’un film de guerre désabusé avec Jarhead. Pourtant, une fois sur deux, il traite d’un seul et même sujet, les couples dysfonctionnels. Certains Américains se sont même offusqués que cet Anglais s’en prenne avec autant de régularité à la famille américaine. C’est encore apparemment vrai dans Away we go, où les modèles familiaux en prennent pour leur grade et sont à la limite de la caricature : il y a un couple d’Arizoniens égocentriques, dont les enfants dégénérés sont les premières victimes ; un couple de hippies doctrinaires et intolérants (l’occasion pour Maggie Gyllenhaal de faire un numéro à hurler de rire) . Même les amis installés au Canada, au milieu d’enfants adoptés, ne sont heureux qu’en façade. De là à y voir une charge contre un certain style de vie américain, il y a un pas qu’il serait exagéré de franchir, simplement parce que ces exemples sont universels et ont leurs équivalents dans tous les pays dits modernes.
La causticité de la satire est compensée par la fraîcheur du scénario signé du couple Dave Eggers et Vendela Vida, spécialisés dans la comédie.
En fin de compte, l’histoire est une incitation à chercher la solution par soi-même et à ignorer le conformisme social. Les héros doutent d’eux-mêmes parce qu’ils accordent trop d’importance à la façon dont ils croient être perçus par les autres. En fait, leur absence de certitude se révèle moins un défaut qu’une qualité. Leur spontanéité doit aussi beaucoup à leurs interprètes, qui sont des quasi inconnus : Maya Rudolph vient du Saturday night live, John Strasinski de la série The office.
A part le demi-siècle d’écart, ce qui différencie ce couple de celui de Noces rebelles, c’est que les seconds étaient victimes de leur ambition. Dans Away we go, ils n’en ont aucune. N’ayant donc rien à perdre, ils ont tout à gagner. Cela ne les rend peut-être pas plus glorieux, mais certainement beaucoup plus sympathiques.