Aleksey Gorbunov,
Alexandra Maria Lara,
Emir Kusturica,
Guillaume Canet,
Ingeborga Dapkunaite,
David Soul,
Dina Korzun,
Fred Ward,
Niels Arestrup,
Philippe Magnan,
Evgeniy Kharlanov,
Valentin Varetsky,
William Dafoe
Année de sortie française
Le bureau, Nord-Ouest Productions
Christian Carion, Eric Raynaud
secret défense, Reagan, Moscou, Mitterrand, intermédiaire, idéologie, famille, danger, CIA, Brejnev, années 80, URSS Moscou, au début des années 80, en pleine guerre froide. Sergueï Grigoriev, colonel du KGB déçu du régime de son pays, décide de faire tomber le système. Il prend contact avec un jeune ingénieur français en poste à Moscou, Pierre Froment. Les informations extrêmement confidentielles qu’il lui remet ne tardent pas à intéresser les services secrets occidentaux. Mitterrand lui-même est alerté et décide d’informer le président Reagan...Homme sans histoires, Pierre Froment se retrouve alors précipité au cœur de l’une des affaires d’espionnage les plus stupéfiantes du XXe siècle. Une affaire qui le dépasse et qui menace bientôt sa vie et celle de sa famille…
Un homme seul peut-il faire basculer un régime ? Il peut, en tous cas, sacrément le fissurer si l'on en croit l'incroyable histoire de l'affaire Farewell, que Christian Carion nous compte ici en revenant aux règles du bon film d'espionnage d'antan. Les faits réels d'abord : Dans les années 60 et 70, Vladimir Vetrov, agent du KGB, travaille à l'Ambassade d'URSS en France. Trop peu discipliné et porté sur la boisson, il est rappelé à Moscou et mis au placard. Il en conçoit de la rancoeur contre le régime totalement sclérosé de Brejnev et rêve d'un monde meilleur. Dans les années 80, en pleine guerre froide, il décide donc de livrer des secrets scientifiques et militaires à la France, stupéfaite par l'ampleur et l'importance des renseignements fournis, d'autant que celui que la DST a surnommé Farewell ne demande pas un sou en échange... De cette vieille histoire, Christian Carion, qui avait déjà prouvé son intérêt pour l'Histoire avec Joyeux Noël, tire un thriller d'espionnage à l'ancienne, façon Henri Verneuil : du travail de pro, élégant et carré, dans un décor vraiment parfait : le Moscou des années 80 reconstitué en Ukraine ou le bureau ovale de Ronald Reagan reconstitué, lui, dans une usine désaffectée d'Ivry sur Seine ! Les comédiens sont épatants du premier au dernier : tous les comédiens russes, Guillaume Canet, impeccablement dépassé par les événements en ingénieur français poussé à l'espionnage et surtout Emir Kusturica, charismatique et émouvant dans le rôle du colonel du KGB qui trahit pour la bonne cause. Après une scène de fuite au suspens très réussi, la scène finale, sèche et scandaleuse, fait vraiment penser à John Le Carré. Replongez dans la guerre froide...
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
Ces derniers temps, le film d'espionnage, genre ô combien codé, c'est le cas de la dire, est revenu en force en France avec l'Affaire Farewell de Christian Carion ou le très beau Espion(s) de Nicolas Saada, mais aussi aux USA avec la trilogie Jason Bourne, Raison d'état signé Robert de Niro, et même Duplicity avec Julia Robert et Clive Owen où l'espionnage était industriel. Impossible de citer tous les bons exemples du genre, mais on peut dresser une liste de quelques classiques à voir obligatoirement sans quoi on ne sait pas ce qu'est un grand film d'espionnage. L'affaire Cicéron de Joseph Mankiewicz en 1952 avec Danielle Darrieux au sommet de son charme pas si innocent que ça et James Mason qui vend des renseignements aux nazis par amour de l'argent, orgueil et complexe social. Un must d'une élégance et d'une ironie absolu que ce jeu de dupes où personne ne gagne. La lettre du Kremlin de John Huston en 1969 dont le scénario, admirablement construit, est un peu dur à suivre, mais cela n'a strictement aucune importance car Huston filme avec une férocité incroyable tous ces agents qui n'ont pas d'autre sens à leur vie que de mentir à leurs semblables ou les torturer. Là, c'est le plus pervers qui l'emporte. Un fascinant spectacle de manipulation. Conversation secrète de Francis Ford Coppola, Palme d'or en 1974 : presque antonionienne sur le fond, cette réflexion sur l'apparence et les pièges qu'elle recèle offrait à Gene Hackman un de ses plus grands rôles et la musique de David Shire provoque toujours la même angoisse diffuse. S'il fallait prendre un Hitchcock parmi tous les films d'espionnage qu'il réalisa, on prendrait forcément Les Enchaînés de 1946 où le génie d'Hitchcock consiste à enchâsser une histoire d'amour intime et secrète dans une aventure d'espionnage extérieure, palpitante et spectaculaire. Enfin, on peut terminer sur deux grands films... français. D'abord Le dossier 51 de Michel Deville. Avec ce drame de 1978, Deville réussissait l'impossible : adapter au cinéma une suite de fiches de renseignements, de rapports de surveillance en nous donnant l'impression de mener l'enquête sur ce citoyen ordinaire que les services secrets veulent pousser à trahir. Constamment angoissant. Et enfin le film qui est devenu aujourd'hui une référence, alors qu'il fut boudé à sa sortie en 1994 : Les Patriotes d'Eric Rochant qui s'inspirait de faits réels sur les méthodes du Mossad. Après ces films si intelligents, Bond, James Bond passe pour un rigolo...