Anna Karina,
Ernest Menzer,
Jean-Claude Brialy,
Jean-Paul Belmondo,
Nicole Paquin,
Catherine Demongeot,
Dominique Zardi,
Henri Attal,
Jeanne Moreau,
Marie Dubois,
Dorothée Blank,
Gisèle André,
Marion Sarraut
Année de sortie française
Euro International Film, Rome Paris Film
strip-tease, stores, ruse, Philippe ROUYER, livres, lit, chanson, infidélité, enfant, couple, téléphone, vélo Angela Récamier est strip-teaseuse au club le Zodiac, à Strasbourg-Saint-Denis. Son mari Emile l’adore, mais ils ne cessent de se disputer. La situation empire quand Angela décide qu’elle veut sans attendre un enfant. Comme Emile ne semble pas pressé de devenir père, elle va user de ruses. Elle pense même s’adresser à leur sympathique voisin Alfred Lubitsch.
Une femme est une femme est la première et unique comédie de Jean-Luc Godard. Il l’a écrite à partir d’une idée de l’actrice Geneviève Cluny, remarquée dans Les Cousins de Claude Chabrol. Godard a rédigé très vite un scénario de quelques pages qu’il a publié dans Les Cahiers du cinéma d’août 1959. Mais il a préféré se consacrer ensuite à A bout de souffle qui sera son premier long métrage. Il ne réalisera Une femme est une femme qu’en troisième, après Le Petit Soldat. Entre-temps, Geneviève Cluny avait proposé son idée à Philippe De Broca qui en a tiré le sujet de son premier long métrage Les Jeux de l’amour, avec justement Geneviève Cluny dans le rôle principal.
Pour le premier rôle féminin, Godard n’a pas immédiatement opté pour Anna Karina qu’il venait de diriger dans Le Petit Soldat et qui était sa compagne dans la vie. En 1959, à une époque où, il est vrai, il ne connaissait pas encore Anna, il voulait Brigitte Bardot, qu’il obtiendra quatre ans plus tard dans Le Mépris. Pour ce rôle, il avait aussi songé à Marina Vlady (qui sera finalement son interprète dans Deux ou trois choses que je sais d’elle) et à Marie Dubois qui se contente dans le film d’une savoureuse apparition. Tout comme Jeanne Moreau qu’on reconnaît au bar et à qui on demande comment ça va avec Jules et Jim. Allusion au film sur un autre trio amoureux qu’elle venait de tourner avec François Truffaut.
Pour incarner le mari, Godard a choisi Jean-Claude Brialy, acteur-phare de la Nouvelle Vague avec qui il avait déjà tourné plusieurs courts métrages. Pour le deuxième homme, il retrouve Jean-Paul Belmondo sa vedette d’A bout de souffle.
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
D’emblée Jean-Luc Godard a voulu placer son film sous le prestige d’Ernst Lubitsch et de sa fameuse comédie Sérénade à trois. D’où le choix du nom de Lubitsch pour le personnage de Belmondo. Dès le début aussi, il a voulu traiter son film comme l’histoire d’une femme qui se rêve dans une comédie musicale. « C’est un film sur la nostalgie de la comédie musicale, » a expliqué Godard, qui précise « J’ai écrit les dialogues et après, avec Michel Legrand, on a fait une musique qui donnait l’impression que les gens chantaient souvent dans leur vie. » Ce que confirme Michel Legrand quand il dit que c’était une façon de « chanter le quotidien, où tout peut devenir lyrique ». Pour Michel Legrand c’était un premier essai de film en-chanté, deux avant Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy pour lequel il venait de composer la musique de Lola.
Pour Godard, Une femme est une femme est aussi le premier film en Scope et en couleurs. Ce qui en revanche n’était pas une première pour son directeur de la photographie Raoul Coutard puisqu’il avait travaillé en écran large et en Estmancolor sur le long métrage de Pierre Schoendoerffer Pêcheur d’Islande en 1959. La recherche sur la couleur s’affinera dans les films suivants de Godard, mais on trouve déjà en germe ce goût des tons vifs (ici opposées aux murs blancs et à la grisaille de la rue) qui contribueront au succès du Mépris et de Pierrot le fou.
Pour Godard, ce film est très important. Il marque le début de fructueuses collaborations, comme celles avec Philippe Dussart son directeur de production. Il a en outre lancé sur un plan international la carrière d’Anna Karina qui a reçu pour son rôle un prix d’interprétation à Berlin en 1961. Par contre, le film n’a eu aucun succès commercial. Le public n’a pas eu envie de voir cette rencontre du quotidien et de la comédie musicale. Ce qui a fait parler Truffaut du « retour de la Vieille Vague ». Plus concrètement, ce film marque la fin de l’euphorie liée à l’émergence de la Nouvelle vague. Certes les meilleurs cinéastes de ce mouvement, à commencer par Godard lui-même, continueront à s’illustrer. Mais une page est tournée. Désormais, il ne suffira plus d’être jeune pour convaincre un producteur de financer un film.