Claude Brasseur,
Jean-Pierre Léaud,
Johnny Hallyday,
Laurent Terzieff,
Nathalie Baye,
Alain Cuny,
Emmanuelle Seigner,
Eugène Berthier,
Stéphane Ferrara,
Xavier Saint-Macary,
Ann-Gisel Glass,
Julie Delpy,
Pierre Bertin
Année de sortie française
Alain Sarde, Philippe Setbon
Jean Schwarz, Ornette Coleman, Schubert, Wagner
Philippe ROUYER, fatalité, dette, comptable, combat, boxe, bague, fiancée, meurtre, mafioso, hôtel, pilote d'avion Les destins de quatre groupes se croisent dans un grand hôtel parisien. Il y a d’abord deux détectives : l’inspecteur Neveu et William Prospero, qui enquêtent sur un crime mystérieux. Et puis Tiger Jones un jeune boxeur, avec son entourage : son manager Eugène, sa fiancée Grâce Kelly et Jim Fox Warner, organisateur de combats. Jim doit de l’argent à Emile Chenal, pilote d’avion qui est là avec sa femme Françoise pour essayer de le coincer. Egalement à cause de Jim a débarqué un mafioso et son fidèle comptable.
Comme Le Mépris en son temps, Détective est une commande acceptée par Jean-Luc Godard. Il s’agit de permettre au producteur Alain Sarde de récupérer l’argent nécessaire pour finir Je vous salue Marie, le précédent Godard qui a pris beaucoup de retard. L’idée est d’associer le nom du cinéaste devenu une star médiatique à un genre commercial, jusque dans le slogan du film : « Un polar de Godard ». Et pour augmenter ses chances au box-office, le film réunit sur son plateau plusieurs vedettes : Nathalie Baye que Godard avait déjà dirigée dans Sauve qui peut (la vie), Claude Brasseur qui avait été son interprète 21 ans auparavant dans Bande à part. Auxquels il faut ajouter Johnny Hallyday qui était alors en couple avec Nathalie Baye.
D’étranges figures complètent la distribution, de l’acteur de Claudel Alain Cuny à l’ex-boxeur Stéphane Ferrara en passant par le toujours ténébreux Laurent Terzieff. Comme d’habitude, Godard a aussi engagé de nombreuses jeunes actrices qu’il se plaît à déshabiller : Emmanuelle Seigner d’abord, mais aussi Ann-Gisel Glass et Julie Delpy qui n’avait que 14 ans.
L’argument est fourni par le producteur Alain Sarde que, par un amusant paradoxe, le cinéaste a prié de développer son sujet. Ce que Sarde a fait avec l’aide de Philippe Setbon, le futur réalisateur de Cross avec Michel Sardou. Godard et sa fidèle complice Anne-Marie Miéville ont ensuite adapté le scénario. Mais ça reste un de ses rares films que le cinéaste n’a pas écrit. C’est lui en revanche lui qui a dédié le film à trois cinéastes : Clint Eastwood, John Cassavetes et Edgar G. Ulmer.
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
A ceux qui trouvent Détective trop impersonnel dans la carrière de Jean-Luc Godard, Antoine De Baecque, dans sa biographie du cinéaste publiée chez Grasset, a répliqué que s’y retrouvaient deux de ses grands thèmes fétiches : l’argent omniprésent et la défaite des mâles. Même Johnny Hallyday y apparaît épuisé et vaincu, une composition que le chanteur n’a pas hésité une seconde à interpréter : « Godard me disait d’avoir l’air d’un type un peu paumé, fatigué, avec beaucoup d’illusions sur la vie et sur l’amour. J’ai fait strictement ce qu’il voulait ». Il faut voir aussi comment Godard libéré de toute contrainte scénaristique a pu faire un portrait en creux de lui-même par le jeu des citations. Côté littérature Shakespeare et Lord Jim de Joseph Conrad ainsi que René Char et André Breton. Côté musique Schubert, Wagner, Chopin, Liszt, Honegger et même Ornette Coleman. Enfin côté cinéma un extrait de La Belle et la Bête de Cocteau et un autre avec Erich Von Stroheim dans Quatre de l’aviation.
Godard a tourné intégralement son film dans le Concorde Saint-Lazare, grand hôtel parisien que la production avait loué plus d’un mois pour l’occasion. Il a respecté les délais, mais les deux premières semaines n’ont guère été fructueuses, traversées de crises avec Bruno Nuytten le directeur de la photographie imposé par la production, alors que Godard aurait préféré retrouver son complice Raoul Coutard. Nuytten, alors très à la mode dans le cinéma français pour son beau travail avec Doillon (La Pirate), Zulawski (Possession) et Resnais (La Vie est un roman) saura néanmoins faire passer dans le film un peu de son goût pour les reflets et les lumières d’aquarium.
Au festival de Cannes 1985 où il a été présenté en compétition, Détective a fait l’événement plus par ses à côtés que par ses attraits cinématographiques. C’est en effet juste avant la conférence de presse du film que Godard, devant les caméras de télévision s’est fait entarter par Noël Godin et ses complices. Attentat pâtissier que Godard, passé le premier moment de surprise, a plutôt bien pris, y voyant un clin d’œil aux burlesques muets. La conférence de presse qui a suivi a été particulièrement riche en bons mots et paradoxes du cinéaste comme celui-ci : « Je fais des films pour savoir pourquoi je les fais. »