Année de sortie française
Musa Productions, Revolution Films
Joel Cadbury, Melissa Parmenter
Lou Ford est le gardien de l'ordre d'une petit ville texane sans histoire. Mais ses relations avec les femmes, la sienne comme les autres, sont pour le moins inquiétantes. Or, l'ordre public est troublé par une série de meurtres aussi atroces qu'impunis. Mais, l'étau se resserre autour de l'insoupçonnable Lou Ford en personne...
Avec plus d’un film réalisé par an, le cinéaste anglais Michael Winterbottom aborde sans complexe tous les genres. Pour « The Killer inside me », il se plonge dans l’univers poisseux d’une petite ville texane des années 50, sur fond de corruption liée à l’industrie pétrolière florissante. On y retrouve l’atmosphère de l’univers littéraire des polars noirs de Jim Thompson dont Witterbottom a ici adapté « Le Démon dans ma peau », un roman paru en 1952 et que Burt Kennedy porta déjà à l’écran en 1976 avec Stacy Keach dans le rôle principal. Le cinéma s’est de fait inspiré à plusieurs reprises de Thompson, y compris des auteurs français, à l’instar de Bertrand Tavernier pour « Coup de torchon » et d'Alain Corneau pour « Série Noire ». Le héros du film de Winterbottom semble pourtant moins torturé que les Dewaere et Noiret des films précédemment cités. Mais les apparences sont trompeuses : si Lou est officiellement le garant local du maintien de l’ordre et de la sécurité, il s’avère être un redoutable tueur aux pulsions sexuelles et meurtrières insurmontables. C’est donc le portrait d’un schizophrène que dessine Winterbottom, avec pour l’incarner un Casey Affleck définitivement ambigu.
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« Je souhaitais que le public sente que le monde intérieur de Lou Ford est en contradiction avec son comportement. Lou est un personnage qui fait semblant d’être ce qu’il n’est pas et qui agit avec les gens un peu comme dans un jeu. » C’est ainsi que Michael Winterbottom définissait son personnage principal peu avant la sortie du film. C’est ce qui explique le choix de Casey Affleck, acteur qui excelle dans l’ambivalence comme il l’avait montré auparavant dans « L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » d’Andrew Dominik. On sait toutefois que ce dernier avait écrit en 2003 une première version du même scénario adapté de Jim Thompson et qu’il destinait alors le rôle à Tom Cruise, persuadé qu’il fallait une star pour faire passer les excès du personnage. Mais il renonça finalement au projet, de même que le réalisateur Marc Rocco, également pressenti. Et c’est Winterbottom qui, outre Casey Affleck, choisit Kate Hudson, en épouse aveuglée, et Jessica Alba, en victime consentante, pour compléter le casting du film dans son versant féminin. Lors de sa première projection au Festival de Sundance en 2010, « The Killer inside me » fut à l’origine d’une polémique portée par une partie des spectateurs choqués par plusieurs scènes pour le moins explicites . Certains reprochèrent au film sa trop grande violence ainsi que sa misogynie. Mais Winterbottom se défendit en affirmant, je cite, qu’il « vaut mieux montrer ce que l’on veut condamner plutôt que de l’atténuer au risque de le banaliser. Je préfère encourir ces reproches plutôt que de masquer la réalité et faire comme si, par exemple, l’ultra-violence n’existait pas dans les sociétés humaines. » Fin de citation.