Année de sortie française
Entretien avec Claude Chabrol
Poussés par la cruauté du gardien-chef Munsey, une poignée de détenus de la cellule R17 décident de s’évader du pénitencier de Westgate, forteresse réputéeinviolable. A leur tête, Joe Collins, prêt à tout pour rejoindre sa fiancée gravement malade. Mais leur plan est dénoncé, le mouchard châtié et une émeute éclate. Dans l’explosion de violence générale, Joe affronte Munsey...
Bien qu'ayant déjà tourné sept films auparavant, parmi lesquels quelques comédies musicales, le réalisateur Jules Dassin signe, en 1946, avec Les Démons de la liberté (Brute Force) son premier grand succès international. Il y dirige un jeune acteur au physique athlétique qui n'en est qu'à son deuxième film. Le mérite de la découverte de ce dernier, un certain Burton Stephen Lancaster rebaptisé Burt, revient au producteur indépendant Mark Hellinger. Cet ancien journaliste devenu scénariste, notamment des Fantastiques années 20 de Raoul Walsh (The Roaring Twenties), avait fait ses classes à la Warner. En 1946, il produit, pour la firme Universal, Les Tueurs (The Killers) de Robert Siodmak, d'après une histoire d'Ernest Hemingway. Il y donne sa première chance à Burt Lancaster, repéré au théâtre et sous contrat à la Paramount. Le succès de ce film noir est tel que Les Démons de la liberté est aussitôt mis en chantier. Le scénario, écrit par Richard Brooks, s'inspire de l'histoire d'un journaliste du San Francisco Examiner, Robert Patterson, et d'interviews réalisées auprès du directeur et des gardes de la prison de San Quentin. C'est un film âpre et tendu, d'une violence étonnante pour l'époque…
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
La violence du scénario des Démons de la Liberté était telle que le producteur Mark Hellinger a imposé à Dassin les quatre flash-backs censés offrir une respiration en plus de l'indispensable élément féminin. Et la censure a exigé certaines coupes, en particulier dans les scènes appuyant l'homosexualité du Capitaine Munsey, le personnage sadique et raffiné qui est d'ailleurs sauvé de la caricature par l'interprétation nuancé de l'acteur Hume Cronyn. Bref, Jules Dassin – qui par ailleurs n'était pas l'homme le plus autosatisfait de la planète – n'était pas très content du résultat. S'il comporte quelques imperfections, Les Démons de la Liberté n'en est pas moins un film important au moins à trois titres. Tourné juste après la seconde guerre mondiale, il offre en filigrane une réflexion sur le pouvoir et l'enfermement avec ses plans nocturnes où le mirador de la prison lui donne des allures de camp de concentration. Ce film est le premier d'une tétralogie signée Jules Dassin, qui se prolongera par les chefs d'œuvres du Film Noir que sont La Cité sans voiles (The Naked City, 1948), Les Bas-Fonds de Frisco (Thieve's Highway, 1949) et Les Forbans de la nuit (Night and the City, 1950). Enfin, Les Démons de la liberté lance définitivement la carrière de Burt Lancaster, dont le succès et la popularité acquis en cette année 1946 et en seulement deux films ne se démentira pas : de La Flèche et le flambeau de Jacques Tourneur (The Flame and the arrow, 1950) à Local Hero de Bill Forsyth (1983), de Vera Cruz de Robert Aldrich (1954) à Trapèze de Carol Reed (Trapeze, 1956) de Elmer Gantry, le charlatan de Richard Brooks (Elmer Gantry, 1959) au Guépard de Luchino Visconti (Il Gattopardo, 1963), il a fait preuve, en plus de son talent d'acteur, d'une clairvoyance dans le choix des scénarios et des metteurs en scène.