En allant, à travers la garrigue, porter le déjeuner à son père, le puisatier Pascal Amoretti, la jeune et jolie Patricia (18 ans) fait la connaissance de Jacques (26 ans), un fringant pilote de chasse. Lors d’une seconde rencontre, les jeunes gens deviennent amants mais, bientôt, Jacques est envoyé au front et, loin de lui, Patricia découvre qu’elle est enceinte. Devant le mépris des parents du garçon qui l’accusent de chantage, Amoretti, pour éviter le déshonneur, envoie sa fille chez sa sœur, Nathalie. Un jour, on apprend que Jacques est porté disparu...
A 60 ans et après avoir fait l’acteur au théâtre et dans plus de soixante-dix longs métrages, sous la direction de cinéastes aussi différents que Claude Zidi et André Téchiné, Francis Veber et Claude Sautet ou encore Josiane Balasko et Michael Haneke, Daniel Auteuil décide, pour la première fois, de passer de l’autre côté de la caméra, avec le remake d’un film écrit et réalisé par Marcel Pagnol en 1940, la Fille du puisatier.
Derrière et devant la caméra, Auteuil reprend le rôle du puisatier, créé par Raimu, face à Kad Merad, qui reprend le rôle de Fernandel. Sabine Azéma et Jean-Pierre Daroussin, quant à eux, reprennent respectivement les personnages de Line Noro et de Charpin. Dans le rôle de leur fils, le pilote de chasse séducteur, vous reconnaîtrez Nicolas Duvauchelle et dans celui de la fille du puisatier, sa victime, la ravissante Astrid Bergès-Frisbey, qui remplaçait Mélanie Laurent, d’abord envisagée. Découverte sur les pistes de la Première étoile, le premier film de Lucien Jean-Baptiste, les spectateurs français allaient, un mois après la Fille du puisatier, retrouver Astrid Bergès-Frisbey en troublante sirène, face à Johnny Depp, dans Pirates des Caraïbes, la Fontaine de jouvence.
Au détour de la garrigue vous apercevrez également, François-Eric Gendron, Patrick Bosso et Marie-Anne Chazel, en tata compréhensive. Enfin, dans le rôle du fils de la fille du puisatier, autrement dit du petit-fils du puisatier, cause du drame, Daniel Auteuil « engagea » son propre fils, Zachary Auteuil, né six mois avant le début du tournage.
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Depuis son rôle d’Ugolin – le neveu du Papet, alias Yves Montand – dans Jean de Florette et dans Manon des sources, les deux films de Claude Berri, sortis en 1986 et, eux aussi, adaptés de l’œuvre de Marcel Pagnol, Daniel Auteuil était toujours resté en contact avec la famille de l’écrivain et, quand celle-ci se rapprocha du producteur Alain Sarde pour envisager, quelques 70 ans plus tard, un remake de la Fille du puisatier, c’est son nom qui fut immédiatement cité pour incarner ce père et ce grand-père autoritaire, bougon et, finalement, au cœur gros comme ça ! « J’ai sauté sur l’idée immédiatement, se souvient le comédien. Le puisatier, dit-il, est l’un des plus beaux personnages de Pagnol. »
Ce qui n’était pas prévu, c’est qu’il devienne le réalisateur du film. C’est au moment où Alain Sarde lui demande à qui il pense pour mettre en scène ce remake que Daniel Auteuil – qui n’a jamais touché à une caméra de sa vie – répond tout simplement : « Moi ! ». Les deux hommes se connaissent bien, ils ont travaillé ensemble à plusieurs reprises – souvenez-vous de Quelques jours avec moi, Ma saison préférée ou encore l’Adversaire –, c’est sans doute pour cette raison que le producteur, après un court silence tout de même, laissa tomber un définitif : « Pourquoi pas ! ». C’est ainsi qu’à 60 ans, Daniel Auteuil devint réalisateur.
Il travailla longuement sur le texte de Pagnol, n’en conservant, comme il le dira lui-même, « que ce qui est universel et qui fait que, 70 ans après, on est encore amusés et émus ».
Les conditions météorologiques furent sévères. En plus du mistral, des pluies diluviennes donnèrent du fil à retordre au producteur, ce qui rapprochait le remake de l’original. En effet, commencé en mai 1940 – après la Femme du boulanger et Regain –, le tournage de Pagnol fut interrompu trois mois, pour cause d’exode. De plus, Fernandel, entre deux prises, devait, quant à lui, sacrifier à ses obligations militaires. On imagine le plan de travail !
Plus simple et plus joyeux fut le tournage de cette nouvelle version qui eut lieu, entre Brignoles et Eygalières, en avril-mai 2010. Pour accompagner ses premiers pas de metteur en scène, Daniel Auteuil s’entoura de techniciens qu’il connaissait bien, et avec lesquels il avait déjà travaillé, ici où là, tel Jean-François Robin, le directeur de la photographie, dont il avait apprécié le travail sur le Bossu, de Philippe de Broca, et Quelques jours avec moi, de Claude Sautet. De même, pour le montage, il fit appel à Joëlle Hache, qui avait occupé le même poste sur la Veuve de Saint Pierre et la Fille sur le pont, deux films qu’il avait tournés sous la direction de Patrice Leconte. Jusqu’à son assistant-réalisateur, Alain Olivieri, qu’il avait rencontré, 25 ans plus tôt, sur le plateau de Jean de Florette !