O'Brien et Genaro deux agents du trésor, cherchent à infiltrer un gang de faux-monnayeurs. De Detroit à Los Angeles les agents remontent la filière malgré les suspicions et les interrogatoires musclés qu'ils peuvent subir. Pourtant, malgré leur vigilance, ils devront affronter le pire.
Connu sous le titre français « La brigade du suicide » « T-Men » est un des films fondateurs de la carrière du grand Anthony Mann. Il est sorti aux Etats-Unis au début de l’année 1948 et c’est sa violence qui lui a donné sa toute première notoriété. Tourné dans des conditions quasi documentaires le film est du point de vue de son auteur « son premier film sérieux ». Petit budget, acteurs de série B, mais grosse énergie et facture sublime due à l’opérateur John Alton. Cité par des gens comme Godard et Scorsese comme un des grands films noirs ayant contribué à leur formation de cinéaste, « T-man » infiltre le milieu des faux monnayeurs. … Et ce n’est pas toujours joli joli, la preuve :
Lire (à consulter de préférence après avoir vu le film)
Evidemment il s'agit d'un film à la gloire des agents du trésor. Mais Mann transcende le film de propagande pour en faire un thriller documentaire. Cette série B exemplaire dans son économie de moyen s'inscrit dans un courant dont la Fox fut après-guerre le studio initiateur : le vérisme. Pour Daryl Zanuck, patron de la Fox, les bonnes histoires se trouvaient dans les journaux. Les nouvelles caméras, la sensibilité des pellicules ayant à la faveur de la IIde Guerre mondiale fait des progrès considérables on pouvait désormais tourner plus facilement en extérieur et donc on pouvait sortir des studios pour découvrir la vraie Amérique avec ses vraies gens plutôt qu'une Amérique rêvée dans un décor suréclairé peuplé de figurants. Pour autant, même si "T-men" dans sa quête et son enquête revisite une histoire vraie, le travail effectué par Mann et son opérateur John Alton stylisent le récit. Réalisé pour le petit studio Eagle Lyon, le film fut écrit sous la protection de conseillers techniques comme l'atteste le discours solennel, en ouverture du film, d'un éminent membre du "United States Treasury Department" le fisc américian. Une écriture qu'Anthony Mann assura lui-même, intégralement, avec la complicité de John Higgins. Le film fut ensuite tourné dans de nombreuses villes des USA en décor naturels, extérieurs, rues, boutiques, ou lieux publics. La scène du meurtre dans le bain de vapeur a d'ailleurs frappé les imaginations autant par la qualité de sa facture que par son effrayant réalisme. Les acteurs ont comme il se doit la tête des hommes de la rue. Le héros du film, le taciturne Dennis O'Keefe, renforce par la sobriété rugueuse de son jeu cette sensation d’authenticité. Ce jeu est par ailleurs un double jeu les deux personages principaux se faisant passer pour d’autres. O’Keefe est un tough guy habitué des séries B qu’on a aussi vu dans “Les bourreaux meurent aussi” de Lang et dans “L’homme léopard” de Tourneur. Mann récidivera les deux années suivantes avec “Raw deal” et “Reign of terror” deux autres séries B sèches comme deux coups de trique. Il ignorait encore que cinquante ans plus tard ces petits films serviraient de modèles a bien des grands artistes de série A.