Pour se venger d'avoir été licenciée, une journaliste amère, Ann Mitchell, rédige une fausse lettre signée John Doe, annonçant son suicide la veille de Noël parce que le monde le dégoûte. La lettre fait monter le tirage du journal et Ann est réintégrée. Mais l'affaire a pris de l'ampleur et elle doit trouver un « John Doe » pour donner vie au personnage qu'elle a créé. Un sans logis accepte d'endosser le rôle, mais il se prend peu à peu au jeu et devient une personnalité que des foules de plus en plus compactes viennent ovationner. Certains politiciens qui pensaient utiliser ce nouveau messie à leur profit voient le danger qu'il leur fait courir. Ils révèlent le pot aux roses et John Doe devient aussitôt un objet d'opprobre. Ecoeuré il décide de se jeter pour de bon du haut d'un gratte-ciel. Mais Ann, qui a réalisé tout le mal qu'elle a provoqué, et par ailleurs sincèrement amoureuse, l'empêche de commettre l'irréparable...
En version originale, L'Homme de la rue porte un nom, John Doe. Mais c'est un patronyme anonyme. Puisque c'est celui que les anglo-saxons utilisent pour signifier Monsieur tout le monde. Ou Tartempion si l'on se permet quelque privauté à son égard. A l'intention des plus pointilleux, ajoutons que ce John Doe n'est pas une création de Frank Capra, puisque l'expression remonte pour quelques exégètes au XVIII ème siècle. Aujourd'hui certaines administrations l'utilisent encore pour désigner une personne non-identifiée, un blessé inconscient et n'ayant pas de papiers... Et effectivement le héros de cette fable rooseveltienne est un John Doe, un anonyme qui représente des multitudes, un Américain moyen qui porte haut l'étendard du peuple, opposé une nouvelle fois, Capra est coutumier du fait, aux élites cyniques qui ne sacrifient qu'au Dieu Dollar. Même si en l'occurrence le comédien qui porte le rôle sur ses puissantes épaules est tout le contraire d'un inconnu, puisqu'il s'agit de Gary Cooper. Un Gary Cooper au sommet de sa gloire qui, à 40 ans, peut se targuer d'avoir son nom au générique de plus de soixante dix films, parmi lesquels L'Adieu aux armes, Peter Ibbetson, Les Trois Lanciers du Bengale, Beau Geste, etc. Sans oublier l'un des plus beaux films de Capra, L'Extravagant Mr. Deeds. Avant d'incarner quelques mois plus tard le rôle-titre de Sergent York, un personnage exemplaire s'il en est au moment où l'Amérique rompt avec son splendide isolement et prend part à la guerre. Nul mieux que lui ne pouvait incarner cette Amérique à la fois fragile et forte, bardée d'un idéal que le cinéma de Capra illustre à la perfection...
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