CINEMA PARADISO

Bientôt disponible
Parce que non, ce n’est pas le film que vous croyez avoir vu il y a quelques années, vous savez, celui avec Philippe Noiret en projectionniste, mais une version plus longue, 50 min en plus quand même, et avec Brigitte Fossey en prime !
Drame - 1989 - France|Italie - Tous publics

Un cinéaste reconnu retourne dans la Sicile de son enfance à l’occasion de la mort d’un vieil ami, projectionniste de son état, qui lui a fait aimer le cinéma. Il se souvient des journées entières passées dans la salle de cinéma, le Paradiso, alors que toute la population du village venait trouver un peu de convivialité. Il se souvient aussi de la jeune fille dont il était épris et des obstacles que la famille de cette dernière dressait sur le chemin des amoureux. Il avait cru ne jamais revenir et aujourd’hui, le passé lui remonte à la gorge. Le cinéma est sur le point d’être rasé et le village a perdu son âme. Il parvient à retrouver celle qu'il a aimée jadis, pour constater qu’elle s’est mariée, mais qu’elle ne l’a jamais oublié. C’est avec une impression durable de gâchis qu’il regagne le continent.

Réalisé par

7.6 / 10
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2MNaprès
Les avis sur Sens Critique
Yves Alion
Yves Alion
CHRONIQUEUR

Les deux grandes obsessions de Giuseppe Tornatore sont présentes dans Cinéma Paradiso. Le cinéma d’une part, nous y reviendrons. La Sicile de l’autre. Natif de Bagheria, près de Palerme, le cinéaste n’a en effet eu de cesse de proclamer son amour de cette province insulaire. Il démarre d’ailleurs sa carrière par un documentaire sur les minorités ethniques de l’île. Avant de cosigner, en 1984, le scénario de Cent jours à Palerme, de Giuseppe Ferrara, qui raconte l’histoire du général Dalla Chiesa, préfet de Palerme, assassiné par la Mafia deux ans plus tôt. Les dérives mafieuses le concernent indubitablement, puisque son premier long métrage, Le maître de la Camorra, s’intéresse du milieu napolitain. Le film est encore inédit en France, du moins dans les salles. Cinéma Paradiso est donc son second film. Et là, le carton est international. Tornatore délaisse le grand banditisme mais revient dans son île adorée. Pour nous parler d’un petit enfant fasciné par le cinéma, déchiré entre le désir de réussir, ce qui suppose gagner le continent, et les regrets de devoir couper ses racines et quitter les siens. Le personnage incarné par Jacques Perrin est cinéaste. Il n’est pas nécessaire de posséder une boule de cristal pour deviner que la part autobiographique du récit est importante. Et le film de nous entraîner et de faire mouche sur tous les terrains à la fois. Celui de l’émotion, puisque le retour de notre homme dans son île est baignée de regrets. Celui du cinéma, le film étant une ode à cet art qui irrigue nos vies et lui donne un sens. Sans oublier une dimension sociale et culturelle, qui nous rappelle que Tornatore a commencé comme documentariste. Car c’est toute l’évolution de la Sicile, et peut-être même de toute une Italie rurale qui nous est donnée à observer. Il n’est pas niable au demeurant que le cœur du cinéaste penche plutôt du côté de cette société sans doute un peu étouffante, mais solidaire et conviviale, de ce village dont la salle de cinéma est le cœur, un cœur qui bat au rythme de  tous ces films qui font rêver. Même si on eût souhaité que le curé du village n’en puisse pas amputer au préalable toutes les scènes amoureuses… Nostalgie d’une enfance difficile, mais pleine de bonheur. Quelle pitié quelques décennies plus tard de constater que les rues sont désertes, que la place est devenue un immense parking et que la salle de cinéma est définitivement close, après avoir, ô ironie, tenté de survivre en passant des pornos de bas étage.

Le charme du film est de savoir marier ces deux nostalgies, celle d’un cinéma triomphant et sans rival, celle d’une époque où les gens se parlaient. Tornatore a su reprendre à son compte certaines recettes de la comédie italienne. Cette façon de parler en souriant de choses graves. Nous apprécions que l’instituteur fasse acquérir la bosse des maths à ses élèves en leur cognant la tête contre le tableau noir ou que le chef mafieux du coin se fasse dessouder dans le cinéma pendant la projection de Scarface.

Hymne à la vitalité passée du 7e Art, Cinéma Paradiso souligne au passage sa décrépitude actuelle. L’Italie, qui avait bénéficié de l’un des maillages de salles les plus dense du monde, voyait en effet dans les années 80 ses cinémas détruits les uns après les autres. Ce n’est pas par hasard si en cette année 1989, deux films ont synthétisé chacun de leur côté le déclin du cinéma transalpin. Et pendant que Cinéma Paradiso nous touchait au cœur, Splendor, de Ettore Scola, s’adressait à notre raison. Mais plus sec, plus politique, plus polémique, le film de Scola n’a jamais eu l’impact de ce Cinéma Paradiso qui nous emporte au 7e ciel du 7e Art.

Contexte

Philippe Noiret

Giuseppe Tornatore

COUP DE TORCHON

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