LE CERCLE ROUGE

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Melville tire le polar vers l'abstraction et influence toute une génération de cinéastes comme Tarantino, Johnny To, John Woo et Nicolas Winding Refn.
Policier / Suspense - 1970 - France|Italie - 135 MIN - VF - HD - Tous publics
Le placide commissaire Mattei traque sans relâche un prisonnier évadé, Vogel, dont il avait la garde. Celui-ci croise par hasard la route de Corey, un truand qui vient de sortir de prison. Les deux gangsters projettent alors le casse d'une bijouterie avec la complicité d'un ex-flic alcoolique...
7.7 / 10
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Les avis surSens Critique
Christophe Bier
Christophe Bier
CHRONIQUEUR

Le Cercle rouge, réalisé en 1970 par Jean-Pierre Melville, poursuit ce que le cinéaste avait poussé déjà loin et avec brio dans Le Samouraï : styliser jusqu’à l’épure le film noir, assécher sa mythologie, ne plus en retenir que des motifs abstraits, des personnages fantômes, comme désincarnés, figés dans un rôle à l’issue certaine. Tout se resserre entre flics et voyous, un monde d’hommes dont on mesure la porosité, où les femmes sont rejetées dans la figuration, un cinéma déterminé par l’action, limitant les dialogues. Une vaste partie d’échecs, ou peut-être le cauchemar d’un film noir, rêvé par les personnages.

Tout commence par une citation attribuée à Bouddha traçant un cercle de craie rouge : "Quand des hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge." Ces hommes sont Jeff Corey, qui sort de prison après cinq ans, règle ses comptes avec un truand de Marseille et regagne la capitale en voiture, Vogel, un truand en cavale, Jansen, ex-flic alcoolique, tireur d’élite et passé du côté des voyous, Santi, le patron d’une boîte de nuit et le commissaire Mattei, sur la piste de Vogel. Les circonstances réunissent les trois premiers pour un casse d’envergure, une bijouterie de la place Vendôme. Froid et déterminé, le commissaire manœuvre pour coincer les voleurs.

La stratégie et le hasard soutiennent ce récit tragique. Melville s’offre une séquence d’action pure en filmant le casse de la bijouterie en 25 mn sans un dialogue. Avec son chef opérateur attitré, Henri Decae, il crée des ambiances de désolation, dans des lumières bleutées et froides, vastes étendues silencieuses, rues sans figuration, comme mortes. Pour les hanter, il ne peut choisir que des stars, immédiatement crédibles pour la certitude de leurs gestes et leurs seules présences. Dans cette économie austère, une icône comme Alain Delon est le fantôme melvillien idéal. Bourvil, Yves Montand, François Périer sont remarquables.

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