Bande Annonce de LA PRISONNIÈRE (VERSION RESTAURÉE)Découvrez la bande Annonce de LA PRISONNIÈRE (VERSION RESTAURÉE) sur FilmoTVhttp://
Henri-Georges Clouzot
Bernard FressonClaude PiépluDaniel RivièreDany CarrelDarío MorenoElisabeth WienerGermaine DelbatGilberte GéniatLaurent TerzieffMichel EtcheverryNoëlle Adam

LA PRISONNIÈRE (VERSION RESTAURÉE)

102 mn

Note de SensCritique :

7 / 10
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Réalisateur : Henri-Georges Clouzot, Robert Ménégoz.

Casting : Bernard Fresson, Claude Piéplu, Daniel Rivière, Dany Carrel, Darío Moreno, Elisabeth Wiener, Germaine Delbat, Gilberte Géniat, Laurent Terzieff, Michel Etcheverry. Noëlle Adam

Synopsis : Gilbert et Josée forment un couple uni. Un pacte d'indépendance et de franchise réciproques les lie depuis des années. Mais Josée est subjuguée par Stan, le directeur de la galerie d'art qui expose les oeuvres de son mari. Cet homme pervers photographie lui-même des femmes qu'il humilie...

Scénario : Henri-Georges Clouzot, Marcel Moussy, Monique Lange.
Musique : Anton Webern, Gilbert Amy, Gustav Mahler, Iannis Xenakis.
Pays : France|Italie
Tags : Érotique, Impuissance, Fantasmes sexuels, Sado maso, Soumission, Artistes contemporains, Voyeur, voyeurisme, mateur, observateur, regardeur, Editions Originales.

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Le thème de La Prisonnière est vieux comme le monde, puisqu’il s’agit de ce fameux triangle amoureux qui a suscité sur les planches, dans les romans et au cinéma autant de situations burlesques que de drames poisseux. Celui qui nous intéresse ici est d’autant plus intrigant qu’il met en scène des artistes, deux hommes et une femme qui font fi des conventions bourgeoises. Pour finalement être les premières victimes d’un jeu pervers qui leur échappe.

Un petit mot sur les trois comédiens qui composent ce trio infernal. Bernard Fresson est sans doute le plus connu, pour avoir traversé le cinéma français pendant plusieurs décennies, second rôle familier de films souvent ambitieux. Laurent Terzieff a davantage fait parler de lui au théâtre qu’au cinéma, mais toujours pour dégager un parfum d’étrangeté qui ne manquait pas de fasciner. Entre ces deux hommes, Elisabeth Wiener. Fille de musicien, elle a elle-même enregistré quelques disques. Ce qui ne l’a pas empêchée en parallèle de jouer la comédie, pratiquant volontiers le grand écart entre un cinéma exigeant et parfois sulfureux et des comédies franchouillardes qui ne manquaient pas d’exploiter sa superbe plastique.

La Prisonnière a été tourné en 1968, une année symbole comme l’on sait. Celui de l’explosion d’un monde vermoulu au profit d’un autre qui n’a pas fini de se chercher. Comme le disent les personnages : « Chacun est libre et on se dit tout ». Pour s’apercevoir ensuite que ce n’est pas si simple… Il est évident que Clouzot a sincèrement cherché à déchiffrer les soubresauts de la société. Mais comprend-il réellement le monde nouveau qui se lève ? Alors il joue à l’entomologiste, et brosse le tableau d’une jeunesse qui le fascine autant qu’elle le révulse. C’est cette ambiguïté profonde qui donne au film tout son sel.

Quatre ans avant La Prisonnière, Henri-Georges Clouzot avait entrepris de tourner L’Enfer, un film sur la jalousie pathologique, sans pouvoir le mener au bout. La Prisonnière lui offre l’occasion de se rattraper. Si la perversité a remplacé la jalousie, c’est la même fascination du cinéaste pour des êtres plus grands que nature, rongés par leur obsession. Une belle façon d’explorer des terres inconnues où parfois l’âme humaine vient s’échouer. La Prisonnière est incontestablement un film érotique. D’un érotisme qui semble aujourd’hui bien sage. Ce qui n’empêche pas le film de nous troubler profondément : sadomasochisme, domination, fétichisme et pulsion de mort irriguent le récit. Provoquant un vertige d’autant plus grand que le cinéaste a veillé à ce que la forme rejoigne le fond et nous déstabilise sans relâche.

Par biens des aspects, La Prisonnière est en effet un film expérimental, développant certaines recherches formelles que le cinéaste avait ébauchées dans L’Enfer. Clouzot était grand amateur de peinture, son superbe documentaire sur Picasso en avait jadis fourni la preuve. Mais il se piquait désormais d’art cinétique, dont le représentant le plus célèbre se nommait Vasarely. La forme de La Prisonnière rejoint ainsi le fond puisque si les personnages se meuvent dans un univers d’artistes, le film est lui-même envahi par le désir de formes nouvelles. Kaléidoscope d’images, couleurs  saturées et montage stroboscopique ne sont que les manifestations d’un film qui déborde, qui littéralement sort de son lit et nous livre des images mentales du plus bel effet.

La Prisonnière est le dernier long métrage signé Henri-Georges Clouzot, qui quittera définitivement la scène neuf ans plus tard à l’âge de 70 ans, laissant derrière lui une œuvre quantitativement modeste si on la compare à celle de ses congénères de la même génération, mais d’une richesse inouïe. Nous ne sortons guère des rails de l’objectivité en avançant que Clouzot a été l’un des plus grands cinéastes de son temps. S’il a privilégié le genre policier, c’était sans doute pour laisser libre cours à son sens aigu de l’observation, volontiers naturaliste, voire vacharde. Mais sa misanthropie n’était-elle pas fille d’une inquiétude permanente ? Elle avait en tous cas fait alliance avec un sens très aigu de la dramaturgie. Autant dire que L’assassin habite au 21, Manon, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques sont d’authentiques bijoux. Et que Le Corbeau est sans doute rejoint par Quai des orfèvres au paradis du cinéma, là où les films ont des ailes.

 

 
le contexte