Les espions

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Parce que c’est un film de Clouzot moins projeté que le Corbeau ou le Salaire de la peur (par exemple), mais que le plus obscur Clouzot vaut le plus lumineux film de... Pas de nom !
Policier / Suspense - 1957 - France - 125 MIN - Tous publics

Directeur d’une clinique psychiatrique aux patients peu nombreux et aux trop faibles rentrées financières, le docteur Malik accepte une importante somme d’argent pour cacher, dans ses murs, un mystérieux malade. Du jour au lendemain, des personnages étranges s’installent chez lui et s’autoproclament infirmiers. D’autres ne font qu’aller et venir et lui proposer des marchés auxquels il ne comprend rien, tandis que le mystère sur la personnalité du dénommé Alex s’épaissit sans cesse…

6.6 / 10
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Les avis sur Sens Critique
Isabelle Danel
Isabelle Danel
CHRONIQUEUR

Tourné en 1957, deux ans après Les Diaboliques, qui sur un scénario adapté d’un roman de Boileau Narcejac, déroulait une action, certes complexe et retorse, mais assimilable au genre du polar, Les Espions désarçonna le public autant que la critique. Georges Sadoul, dans Les Lettres françaises, intitula son article «Quelle salade !» et c’est à propos de ce film que Henri Jeanson, dialoguiste brillant et implacable critique de cinéma, tricota ce calembour resté tristement célèbre : « Clouzot a fait Kafka dans sa culotte». Etait-ce pour le plaisir du bon mot ? Pas seulement, sans doute, car Jeanson était de ceux qui avaient défendu Le Corbeau, attaqué en son temps. Il faut admettre qu’il est difficile de classer Les Espions dans une catégorie spécifique. Le scénario est inspiré, plus qu’adapté, du roman de l’auteur tchèque Egon Hostovsky, The Midnight Patient. On y sent le souffle du roman policier, mais aussi, surtout, la folie des hommes. La deuxième guerre mondiale n’est pas si loin, et la guerre froide qui en résulte gangrène toutes les relations humaines. Du coup, des personnages aux mines patibulaires rodent en jouant de l’ocarina, ou en débitant des phrases sibyllines, du genre : «J’ai perdu ma boîte d’allumettes». Tous ces agents secrets représentants de l’Est et de l’Ouest, quand ce n’est pas les deux, ne sont que les dignes représentant d’un monde absurde où tout est relatif, à commencer par la vérité, et la morale. Le Docteur Malik, ce petit monsieur sympathique mais sans envergure, c’est l’homme sans qualités, vous ou moi, vous et moi… Les Espions est un film noir dans tous les sens du terme : sombre, complexe, désespéré. Il est, certes, imparfait, mais l’angoisse qui sourd des plans, les méandres d’incompréhension dans lesquels se débat le gentil docteur, sont ceux du spectateurs. Et pour peu qu’on se laisse happer par cet univers paranoïaque, grâce à la présence d’acteurs aussi excellents qu'internationaux, de Peter Ustinov à Curd Jurgens en passant par Gérard Séty, Martita Hunt ou Daniel Emilfork, le plaisir qu’on y prend est réel.

 

Contexte

Henri-Georges Clouzot

LOLA MONTES DE MAX OPHULS (1955)

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