LES CAMARADES (VERSION RESTAURÉE)

À partir de 2.99 €
Monicelli évite le manichéisme propre aux films sociaux opposant le monde ouvrier et le patronat. Son sens de l'observation, hérité de la comédie à l'italienne, nuance les personnages.
Drame - 1966 - France|Italie|Yougoslavie - 125 MIN - VO - HD - Tous publics
En 1905, dans une fabrique textile de Turin, les ouvriers, soumis à un rythme de travail infernal, voient se multiplier les accidents. Trois d'entre eux entrent en conflit avec le contremaître. Il est alors décidé, en guise de protestation, que tous partiront une heure plus tôt ce soir-là...

Réalisé par

7.5 / 10
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Les avis sur Sens Critique
Christophe Bier
Christophe Bier
CHRONIQUEUR

Réalisé en 1963 par Mario Monicelli, l’un des maîtres de la comédie italienne, écrit avec ses scénaristes habituels Age et Scarpelli, Les Camarades ne se départit jamais du sens du détail grotesque qui avait fait le succès du Pigeon, mais il s’agit d’abord d’un grand drame social qui s’inspire d’une des premières grèves d’ampleur qui déchira l’Italie du Nord en 1905, quand le pays s’industrialisait.

Nous sommes à Turin, une usine de filature. Les conditions de travail sont difficiles. « Quatorze heures de machine et une demi-heure pour bouffer », dit un ouvrier. Le début est d’un réalisme accablant et blafard. On imagine mal le film en couleurs, photographié, dans des nuances de gris, par Giuseppe Rotunno, avec lequel Monicelli avait tourné La Grande Guerre. Le lever à cinq heures et demie d’un adolescent, qui rejoint la masse des ouvriers, l’agression sonore des machines, la cour boueuse, la sirène de la reprise, jusqu’à l’accident du travail qui déclenche la prise de conscience du groupe. L’arrivée d’un professeur socialiste, recherché par la police, fédère la révolte et déclenche une grève dure, une lutte contre un patronat sourd, paternaliste et sans pitié.

La puissance de Monicelli tient dans l’absence de misérabilisme et de manichéisme. Il s’attache aux détails, fouille les personnages, tous précis jusqu’à la moindre silhouette, et trouve dans la mise en scène des idées qui soulignent les rapports de force et pointent la difficulté de l’individu à exister face au groupe. Sa tendresse va aux solitaires, que ce soit l’ouvrier sicilien vivant dans un taudis et refusant la grève ou la fille d’ouvrier, incarnée par Annie Girardot, qui a fui le déterminisme social et l’usine pour être une prostituée de luxe, rejetée par son père. Sa férocité se déploie sur les puissants, avec une verve grinçante, mais le portrait de l’agitateur intellectuel est aussi critique, auquel Marcello Mastroianni apporte des nuances subtiles et pas forcément glorieuses.

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Contexte

Marcello Mastroianni

d'Elio Petri, 1971. Un autre classique du cinéma italien qui s'ouvre identiquement sur un accident du travail en usine et débouche sur une grève

Mario Monicelli

La même année, Yves Allégret tourne une autre coproduction franco-italienne sur le monde ouvrier exploité. Cette fois, Bernard Blier est dans le camp de patronat, il incarne le directeur de la mine.

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